« La littérature: un instrument de contre-pouvoir? » – La tribune de Michèle Jourdan

Dans Olympe s’évade, un roman qu’elle publie aux Éditions du Panthéon, Michèle Jourdan dresse le portrait d’une femme possédée par la nostalgie de son histoire familiale. Auteur et personnage explorent ensemble les complexités de la mémoire et son rôle dans la recherche de la sérénité.

 

La littérature: un instrument de contre-pouvoir?

 

Michèle Jourdan

L’actualité de ces dernières années démontre que tout style d’écriture peut être ressenti comme une menace, de la poésie de Rimbaud, aux pamphlets des journaux satiriques tels que « Charlie hebdo ».

Dans les années 40, Pablo Néruda, convaincu que la poésie pouvait être une arme politique, et après avoir entendu les discours réactionnaires de Lauréano Gomez sympathisant du fascisme hitlérien et franquiste avait écrit quelques sonnets :

Adieu Lauréano sans lauriers
Triste satrape et roi parvenu
Adieu empereur exigu
Toujours et avant l’heure payé

Nous pouvons comprendre pourquoi P. Néruda fut interdit de séjour en Colombie sous la présidence de L. Gomez, puis plus tard sous la férule du général G. Rojas Pinilla.

En 1956, dans la Chine de Mao, fleurissait sur les murs le slogan suivant : « que 100 fleurs s’épanouissent, que 100 écoles rivalisent. »

Avec la campagne des 100 fleurs de nombreux auteurs se retrouvèrent en camp de rééducation pour s’être laissés guider par l’attrait d’écrire sur la place publique.

Ainsi le pouvoir en place avait pu prendre le contrôle de la littérature.

Sous un pouvoir dictatorial, la littérature représente une arme efficace pour cultiver un peuple, mobiliser  une société, et un moyen d’action pour défendre ses idées, donc dangereuse pour les dirigeants.

Sartre, n’avait-il pas longtemps utilisé sa plume pour éveiller les consciences ?

Diderot, s’était vu interdire un temps, la publication de son encyclopédie, jugée trop subversive par les jésuites qui avaient réussi à faire retirer l’accréditation royale.

Et bien d’autres auteurs peuvent être cités : Voltaire, qui avec son traité sur la tolérance, dénonçant l’injustice au nom de la religion avait fait bouger les lignes, ou bien E. Zola qui grâce à sa plume acerbe permit la révision du procès de Dreyfus, suite à son article « J’accuse » publié dans l’Aurore en 1898.

Tous les auteurs qui s’engagent et se mobilisent pour des causes importantes mettent leur plume au service de ceux qui peuvent l’exploiter.

Et c’est ainsi que la littérature apparaît à toutes les époques : soit comme une arme subversive qui avilit, soit comme une arme défensive qui libère.

Laisser un commentaire