L’interview de Malo de Braquilanges

Malo de Braquilanges est encore étudiant, mais jongler entre la BU et sa machine à écrire ne lui fait pas peur : il a récemment publié son premier thriller, Le livre dont vous êtes la victime. Rencontre avec un auteur qui bouscule les codes de l’édition traditionnelle.

 

1. Vous publiez votre premier livre, Le livre dont vous êtes la victime, à un très jeune âge. Avez-vous déjà suivi une formation d’écrivain ?

Ma formation académique n’est pas du tout littéraire : je suis actuellement en master de droit des affaires à Sciences Po, mais mes études m’ont donné l’opportunité de suivre un atelier artistique de mon choix. Je me suis inscrit à un atelier d’écriture animé par Pierre Assouline, car écrire est quelque chose que j’aime faire depuis toujours. Cela m’a donné des outils concrets, et surtout l’envie de produire un texte. Alors je me suis lancé : j’ai écrit un premier polar, que j’ai jeté à la poubelle… J’ai réalisé qu’il me fallait une méthode plus construite et précise. En commençant Le livre dont vous êtes la victime, j’avais des intentions plus concrètes, à la fois esthétiques et thématiques. En le relisant, j’avais vraiment l’impression de tenir quelque chose qui en valait la peine.

 

2. Pourquoi avez-vous pris la décision d’écrire un polar, genre très codifié et que l’on peut imaginer plus difficile à produire ?

Je ne suis pas forcément d’accord ; justement, le polar a une architecture très définie qui donne un cadre à l’écriture, à la fois dans le style – incisif et haché – que dans le contenu – l’enchaînement rapide des évènements. L’intérêt pour moi a été justement de jouer avec ces codes. En rédigeant l’intégralité du livre à la deuxième personne, j’ai voulu que le lecteur devienne la victime. J’ai aussi voulu m’intéresser à l’aspect psychologique du thriller en développant la psychologie du personnage traumatisé. L’expérience est différente du polar classique où les rebondissements s’enchaînent : là, il s’agit de transmettre une émotion, d’explorer l’intériorité.

 

3. Quel est l’enjeu du texte, si celui-ci s’éloigne du polar traditionnel ?

Le livre dont vous êtes la victime, c’est l’histoire d’une fille qui se fait enlever et qui s’échappe. Mais c’est surtout l’histoire des conséquences psychologiques qui s’ensuivent pendant toute sa vie post-traumatique. Mon intérêt principal a vraiment été la notion de traumatisme : j’ai eu envie de réussir à faire passer les émotions ressenties par le personnage. La finalité du livre reste le divertissement – même si cela n’exclut pas qu’il s’intéresse à des sujets philosophiques divers tels que la déchéance sociale, la folie ou le regard des autres.

 

4. Si le lecteur devient le personnage, qui de l’auteur ou du lecteur détient la clé de l’interprétation du texte ?

Les deux ont autant de légitimité à défendre une certaine interprétation d’un même texte, même si celle-ci est très différente ! Il y a, dans l’écriture, d’un côté l’ambition et la volonté de l’auteur, et de l’autre ce qui ressort chez le lecteur, que personnellement je trouve encore plus valide. L’auteur réussit tout simplement lorsque les deux se rejoignent.

 

5. À quelles difficultés avez-vous été confronté dans la rédaction de votre livre ?

Je retiens deux difficultés principales. La première a été de me mettre à la place du lecteur, car surtout pour un polar, c’est crucial de réussir à créer une certaine ambiance. Lorsqu’on est à la place de l’auteur, on écrit, on connaît la fin, on sait comment tout se passe, mais c’est très difficile de se rendre compte de la réalité : est-ce qu’on a réussi à créer du suspense, est-ce qu’on écrit bien ? On ne peut jamais savoir si l’on a atteint ses objectifs. La deuxième difficulté a été de parvenir à écrire tout en ayant une vie à côté. Il m’a fallu trouver un équilibre entre ce projet, mon travail et mes cours. J’ai consacré énormément de temps au Livre dont vous êtes la victime ; j’écrivais le soir, les week-ends, dès que j’avais un moment de libre. Ça n’a pas toujours été facile.

 

6. Quelle est votre vision pour le futur aujourd’hui ? Avez-vous de nouveaux projets littéraires ?

J’ai commencé la rédaction de mon prochain livre ; ça ne sera pas un polar, parce qu’il sera moins centré sur l’histoire et plus sur les personnages. Il me trottait dans la tête depuis un moment, mais je veux être plus méthodique dans ma préparation et prévoir mieux le déroulement de l’action, tout en étant ouvert à l’idée que l’histoire ne se développera pas forcément comme je l’avais planifiée. Mon but, c’est évidemment de vivre un jour de mes écrits, mais j’essaye aussi de ne pas me leurrer et de rester réaliste. Je sais qu’il faut assurer une carrière professionnelle en parallèle, surtout lorsqu’on est, comme moi, un auteur autoédité.

 

7. Pensez-vous que les écrivains – et les artistes en général – sont suffisamment valorisés dans la société actuelle ?

La figure de l’artiste existe toujours : lorsqu’on est artiste et que l’on a du succès, on est socialement très bien positionné. Malheureusement, ce n’est pas le cas de la majorité des artistes. Par exemple, dans mon expérience personnelle, lorsque j’ai abandonné un stage dans un cabinet d’avocat d’affaires afin de libérer du temps pour écrire, ça a suscité beaucoup de méfiance dans mon entourage. C’est dommage, car c’est essentiel d’avoir de la culture. La culture encourage la réflexion et ce de façon démocratique : tout le monde ne lira pas le dernier bouquin d’analyse politique, mais un livre enrobé de divertissement et qui sera lu à plus grande échelle peut également aborder des thèmes très intéressants. Ce genre d’outil doit être revalorisé.

 

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