ENQUÊTE SUPERFLU – Quelle place pour les artistes français ?

 Rencontre avec ceux qui ont choisi de se lancer pleinement dans leur aventure artistique.

En France, une étude de 2016 du cabinet EY montrait que le poids économique de l’industrie culturelle dépassait celui de l’automobile et du luxe. Mieux, les Industries Culturelles et Créatives (ICC) emploient 1,2 millions de personnes, soit 5% de l’emploi intérieur total. Un chiffre record pour ce secteur que l’on dit souvent « en crise » ou « peu rentable ».

Cependant, si la culture se porte bien, qu’en est-il des artistes qui la façonnent ?

Armée de son baluchon et de son dictaphone, l’équipe Superflu est partie à la rencontre d’artistes émergents pour connaître leur vision des choses.

Pour beaucoup, l’aventure artistique démarre par un désir intérieur fort : « La danse est pour moi une nécessité, une évidence ; je ne me suis jamais posé la question de savoir pourquoi je voulais faire ce métier« , explique Constance, danseuse et chorégraphe. Même constat pour Gabriel, musicien : « Je n’étais pas prédestiné à faire de la musique, mais finalement ça m’a rattrapé. Après des études d’ingénieur et 5 ans dans l’industrie, le désir de faire de la musique est devenu prioritaire. »

Mais ce désir impérieux suffit-il pour vivre de son art ?

« J’ai fait le choix d’avoir une vie modeste« , explique Gabriel. Aujourd’hui, il s’en sort en faisant des animations scolaires, combinées au RSA qu’il perçoit chaque mois. D’autres, comme Constance, cumulent un emploi de professeur en plus de leur activité artistique, ce qui leur permet aussi de transmettre leur art au plus grand nombre : « il faut rendre l’art accessible à tous, la danse ne doit pas être réservée à une élite !« 

En plus de ces difficultés financières, beaucoup d’artistes se retrouvent livrés à eux-mêmes lorsqu’il s’agit de faire face aux questions administratives complexes que suscite leur profession. Pour Cécile, artiste plasticienne et historienne de l’art, c’est un combat de tous les jours : « Ce que je retiens, c’est qu’il faut vraiment en vouloir. Entre deux contrats, je suis au RSA. Je suis obligée de faire des dossiers de subventions, ce qui est chronophage, et bien entendu, pas payé. » Et de regretter le peu d’informations du service publique sur les aides dont ils pourraient bénéficier : « On prend vraiment les artistes pour des gens incultes ; on leur donne des informations très basiques. Au début, les artistes sont des gens compétents ; c’est le système qui fait que leur situation se détériore.« 

Si l’herbe paraît plus verte ailleurs – Berlin est la destination privilégiée des artistes français, qui y trouvent plus d’ateliers pour travailler – la France a la particularité d’offrir le statut d’intermittent aux artistes du spectacle vivant. « C’est une chance », reconnaît Gabriel, « mais malheureusement tout le monde ne peut pas y accéder.« 

S’il reste plusieurs combats à mener, la place des artistes français est aujourd’hui de plus en plus exposée et gagne en importance : preuve en est de la demande culturelle croissante et des chiffres de l’industrie, qui ne cessent de grandir.

Une enquête de Laetitia Franchitti
Photo: ©Henri de Toulouse-Lautrec

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