L’interview d’Hélène Couturier

©Le Dilettante

Hélène Couturier s’intéresse aux voix de la société contemporaine. Dans Il était combien de fois, publié aux éditions Le Dilettante, elle plonge le lecteur dans le monologue intérieur de Mathilde, une femme moderne et libérée.

 

1. Les grandes figures féminines de la littérature ont-elles été une source d’inspiration dans le développement du personnage de Mathilde ?

Mathilde est un personnage qui est dans la réalité ; son modèle, c’est la femme d’aujourd’hui. Mais inévitablement, elle se définit aussi par rapport aux voix féminines qui l’ont précédé, parce qu’elle se développe par opposition à elles. Le titre le laisseentendre : elle n’est pas à la recherche d’un seul prince charmant, mais sait que la recherche amoureuse se fait en plusieurs fois. De même, elle se jure de ne pas jurer fidélité à son amant, pour ne pas être dans la trahison. Elle modernise la femme amoureuse en littérature, et surtout celle qui nous vient du conte.

 

2. Mathilde adopte une identité à la fois féminine et masculine. Symbolise-t-elle un bouleversement des genres en littérature ?

Je n’ai pas du tout puisé dans la masculinité pour construire Mathilde. J’ai pris pour modèle les femmes qui aiment les hommes et qui aiment l’amour. Mathilde s’approprie le territoire de la sexualité, qui relève traditionnellement du domaine masculin, et c’est pour cela qu’on dira qu’elle se conduit comme un homme. C’est dommage, car ce que j’ai voulu montrer, c’est que la frontière entre le masculin et le féminin est floue.

 

3. En quoi Mathilde incarne-t-elle la voix moderne de la femme ?

De cette logorrhée ininterrompue, ce qu’il faut retenir c’est qu’elle veut être maîtresse de ses désirs. Elle est indépendante de l’homme et souhaite exister dans le plaisir. D’ailleurs, la ville dans laquelle elle évolue est en ce sens un reflet de son intériorité : Barcelone, capitale du plaisir, permet l’expression de sa liberté.

 

4. Malgré cette grande liberté, elle ne semble pas totalement heureuse : elle subit une rupture et se perd dans la drogue. Mathilde est-elle une héroïne ?

Elle ne peut pas être un modèle, puisqu’elle est toujours dans la quête. Mathilde recherche un équilibre qui la rendra heureuse : elle est une aventurière de l’amour. Mais c’est peut-être ça, la voix de héroïne moderne : c’est celle qui osera se mettre à la recherche du mode de vie qui lui correspond.

Propos recueillis par Daphné Leprince-Ringuet
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