EXTRAIT: « Souvenirs d’Antan » de Nikolaï Lvov

« On avait tellement envie de trouver les trois pins où était enfoui le trésor, de découvrir ce qui se cachait dans les fourrés boisés de la colline de Galyga. »

©Editions des Syrtes

« Sur une butte surgissait la petite isba du garde forestier. Un sentier descendait le long du flanc abrupt du ravin envahi de broussailles, contournait un vieil arbre sec et immobile comme le squelette d’un mort, avec ses branches noueuses qui formaient des excroissances ; il serpentait en un ruban étroit dans la dépression marécageuse en direction du puits sur lequel était posé un grand seau ; de là, il s’étirait jusqu’au gué, où au milieu du banc de sable coulait une petite rivière qui débordait de son lit. À sa sortie de l’épaisse forêt obscure, le chemin forestier creusé d’ornières débouchait sur le gué, faisait un coude à mi-côte de la berge opposée et grimpait la pente raide de la colline de Galyga. Sur la pente d’argile rouge au bord de la petite rivière se dressaient les troncs droits des pins séculaires et, derrière, surgissaient les ténèbres denses de la forêt de conifères où tout disparaissait sous le manteau épais de la nuit. On racontait que, jadis, se cachait là le brigand Galyga : il sortait de ce repaire pour commettre des pillages sur la route de Moscou et quelque part, au plus profond de l’épaisse forêt, au-dessus de trois pins, était recelé un trésor. Dans la forêt vivaient des élans, et le garde disait que l’hiver, le long des chemins du parc, on pouvait voir leurs traces fraîches sur la neige ; à l’automne, ajoutait-il, au crépuscule, on entendait depuis la colline de Galyga les hurlements des loups et, une fois, les paysans seraient tombés sur une ourse avec son ourson, tout près de la maisonnette du garde forestier.

Cette vie, tapie au cœur de la forêt impénétrable, nous attirait par son mystère : et l’on avait tellement envie de trouver les trois pins où était enfoui le trésor, de découvrir ce qui se cachait dans les fourrés boisés de la colline de Galyga.

Nous prenions un plaisir extrême, avec Tania, à rester assis sur le petit perron de la maisonnette du garde forestier. Il nous apportait un pot de lait avec une tranche de pain noir. Nous voulions y rester indéfiniment à regarder la forêt de conifères près de la berge, la route qui montait la pente raide de la colline de Galyga et l’horizon illimité recouvert de forêt. »

Extrait de Souvenirs d’Antan, de Nikolaï Lvov
Publié aux Editions des Syrtes

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