Interview avec Romain Lucazeau

Romain Lucazeau publie son premier ouvrage, Latium, aux Éditions Denoël, dans lequel les hommes ont disparu, abandonnant leurs créatures à l’intelligence artificielle. Il modernise ainsi le thème de l’inhumain dans la littérature.


Latium renverse la tradition en donnant voix à la créature artificielle alors que l’Homme a disparu. Qu’est-ce que cela implique pour la relation entre le créateur et la créature ?

Un renversement de l’affirmation philosophique qui consiste à dire que les Hommes ont une âme et que les machines artificielles n’en ont pas. Dans Latium, les hommes ont disparu, ils n’ont plus d’âme, alors que leurs créatures sont immortelles : elles peuvent transmettre leur âme à une autre machine lorsqu’elles disparaissent. Les mortels ont ainsi créé des divinités qui les surpassent, mais qui restent paradoxalement asservies à leur créateur.

Vos créatures artificielles sont dotées d’une conscience. Est-ce que cela correspond à une vision purement scientifique de l’âme ?

Aujourd’hui, on ne peut plus penser la conscience comme la dualité entre l’âme et le corps. L’étude de la conscience ne pointe pas vers l’existence d’une intériorité. Les machines d’intelligence artificielle sont donc dotées dès le début d’une conscience.

Si les créatures dans Latium ont une âme et une conscience, comment définir l’inhumain, le monstrueux ?

Il n’y pas de créature inhumaine dans mon livre, même les plus méchantes, qui suscitent quand même de l’empathie de la part du lecteur. Ce que je veux dire, c’est que la démarcation de l’humain et de l’inhumain n’est pas claire, contrairement à ce qui est défendu dans la pensée judéo-chrétienne. Il faut la repenser.

Peut-on dire que les créatures artificielles de Latium sont un moyen de parler de l’humanité ?

Oui ! Le livre est un grand théâtre de la condition humaine, qui s’inspire d’ailleurs du théâtre classique, dans lequel le héros est soumis à la mécanique des passions qui se confronte à l’ordre social. Moi, j’ai mis en scène des intelligences artificielles pour lesquelles la mécanique des passions se heurte à leur programmation. Les personnages se retrouvent dans la même situation que les humains. C’est un jeu de réactualisation.

Propos recueillis par Daphné LEPRINCE-RINGUET
À retrouver dans votre Superflu n°7

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