Rencontre avec Marina de Van

Photo: Fred Kihn

Marina de Van est réalisatrice et écrivaine. Elle a publié plusieurs ouvrages aux éditions Allia et travaille en ce moment sur une adaptation au grand écran de La Pitié Dangereuse, de Stefan Zweig.


Quelle est la différence fondamentale entre le processus de création d’un livre et celui d’un film ?

MdV: Pour créer un film, il faut passer par une étape technique qui est l’écriture de scénario, en obéissant à des règles de construction dramatique assez rigoureuses. Il ne s’agit pas de création artistique, mais de produire un guide pour un objet esthétique. Un scénario, en somme, c’est un tableur Excel. Alors que lorsqu’on écrit un livre, du moins dans mon expérience, on est totalement libre ; on est directement aux prises avec l’intériorité. Un livre peut être très contemplatif, alors qu’un film se doit d’être actif.

Dans votre livre Stéréoscopie, on assiste à une véritable mise à nu. Les codes du cinéma que vous évoquez sont-ils une barrière à l’expression de soi ?

MdV: Non, pour moi les codes sont un jeu ! La liberté artistique dans le cinéma est plus codifiée, mais elle existe toujours. Mes trois premiers films, par exemple, étaient vraiment inspirés de mon expérience. Mais l’exposition de soi passe par des codes scénaristiques qui n’existent pas dans la littérature : il faut une progression, un dénouement, une mise en place, un problème auquel confronter le personnage…

Qu’est-ce qui, selon vous, fait qu’une adaptation est réussie ?

MdV: C’est exactement comme si vous me demandiez ce qui fait le succès d’un film ! Il ne faut pas penser l’adaptation par rapport au livre – une belle adaptation, c’est avant tout un beau film. La fidélité n’est pas le critère d’excellence de l’adaptation. Chaque artiste réagit avec sa sensibilité à l’histoire qu’il a lue.

Croyez-vous donc qu’il soit impertinent de comparer un livre à son adaptation cinématographique ?

MdV: Pas du tout. La comparaison, c’est rigolo, c’est un jeu intellectuel. Je n’ai rien contre les comparaisons. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’on est face à deux objets d’art complètement autonomes. L’un peut exister sans l’autre.

Propos recueillis par Daphné LEPRINCE-RINGUET
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