EXTRAIT: « L’Amour en Super 8 », de Chefdeville

« Elle tournait dans un film en super 8 de Chefdeville, un maître en la matière, celui qui faisait rire les Vierges en plâtre. »

l-amour-en-super-8« Le premier plan s’ouvrait sur les terrasses du Larzac. Les feuilles argentées des oliviers, les sardines des pêcheurs bruissaient dans le soleil rasant autour de la Simca Chambord aux couleurs d’Israël. Adossée au mazet en pierre de schiste ocre et rouge, Ombeline en costume d’Ève avait emprunté le corps de Sarah. Poils pubiens gommés comme dans la revue Paris Hollywood, rondeurs assumées, visage à l’identique, elle irradiait, captait la lumière, bouffait la lumière, cette fille était faite pour l’amour en super 8. Ma caméra au poing, une Beaulieu 4008 ZM4, la meilleure bécane fabriquée au monde dans ce format, je lui demandai d’avancer. Elle marchait, pieds nus dans la terre rouge. Dans sa tête, une seule devise : être aussi belle que son modèle. Lumineuse, regard limpide, Ombeline souriait comme jamais. Devant ce sourire les hommes ravaleraient leurs couilles et écraseraient leurs mégots. Elle s’éloignait de dos sur le chemin en terre vers la Chambord garée à l’horizon. Fasciné, je le suivis d’un pas saccadé. Secousses, travelling chaotique maîtrisé. Ombeline marchait nue dans le soleil couchant. Elle n’était pas sans rappeler les planches de Pichard, Joko ou Manara. La taille marquée, les hanches pleines, faite pour avoir des enfants, cette fille aurait été une star au Liban. Mais Ombeline s’en branlait des enfants. Pour ce que cela avait apporté à Sarah de chier une fille dans la période la plus noire de l’humanité. Aujourd’hui, elle tournait dans un film en super 8 de Chefdeville, un maître en la matière, celui qui faisait rire les Vierges en plâtre. Elle préférait jouer du valseur en pensant avec tendresse à Pauline Lafont, sa sœur de cœur… Ombeline marchait sur la mer rouge, j’étais subjugué par son charme. Elle me demanda si elle allait continuer encore longtemps à se dandiner dans la poussière. On ne la voyait pas parler, je la prenais par derrière. Je ne lui répondis pas, l’objectif braqué sur le dos, les jambes, la croupe mirifique de mon actrice. J’étais dans ses pas, mon rythme cardiaque greffé sur son déhanchement.

      Chef, tu m’entends ?

La Beaulieu ronronnait de plaisir.

      Mais réponds-moi, merde !

      Ne dis rien. »

Extrait de « L’Amour en Super 8 », de Chefdeville

Photo: Dominique Forma

À retrouver dans votre Superflu n°6

 

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