L’interview de Jean-Marie Laclavetine

Photo: ©Olivier Roller

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Jean-Marie Laclavetine est écrivain (Prix Goncourt des Lycéens 1999). Dans son dernier roman, Et j’ai su que ce trésor était pour moi (éd. Gallimard), Marc raconte des histoires à son amante, Julia, pour la sortir du coma.


Dans votre roman, le narrateur se fait démiurge : il invente des récits qui s’enchaînent et s’emboîtent afin de sauver Julia de la mort. Pensez-vous que l’écrivain soit un héros, un sauveur, grâce à son acte d’invention ?

J.M.L.: J’ai voulu donner corps à l’enchantement romanesque, à travers des personnages qui se démultiplient dans d’autres personnages. La fiction nous permet de toucher le réel mieux que la plate restitution autobiographique. Des aspects insoupçonnés de la réalité se dévoilent, des désirs tapis, des émotions latentes… La littérature contemporaine se contente trop souvent de transvaser le réel dans les livres : c’est une littérature de sociologue, qui renonce à son pouvoir d’emportement.


Vos héros ne cessent de réinventer leur propre histoire : est-ce que cela les rend singuliers ou tout le monde ne passe-t-il pas sa vie à se raconter des histoires ?

J.M.L.: L’amour comporte toujours une part de fiction : il ne cesse de se réinventer, de repousser son horizon. L’amour est aussi avant tout le récit de l’amour : il crée continuellement sa propre légende. Il revisite son passé, il l’embellit, se nourrit de lui-même. Dans mon roman, Marc et Julia ne sont pas dupes de leurs inventions, ils s’en amusent et en éprouvent de la joie.


Dans votre livre, au fil des histoires les héros semblent pouvoir être n’importe qui : pensez-vous que c’est une singularité qui fait le héros, ou est-ce seulement le processus d’écriture qui le construit comme tel ?

J.M.L.: La merveille du roman, c’est qu’il peut s’emparer de n’importe quelle vie croisée au hasard, et en tirer les fils : chaque vie est potentiellement héroïque. Le roman fait éclore le héros dans l’humain ordinaire. L’acte d’écrire est en soi héroïque. Voilà pourquoi l’écrivain éprouve ce sentiment de toute-puissance, cette prodigieuse ivresse que je célèbre et dont je me moque en même temps.

À retrouver dans votre Superflu n°2

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