L’interview de Michel Honaker

Photo: Andrew Kovalev

Auteur prolifique, Michel Honaker se passionne pour le thriller, le fantastique ou l’épopée mythologique. Dans La Nuit appartient au tigre (Editions Denoël), il questionne la relation de l’homme à la nature.


Vous prêtez à votre tigre une pensée qui dépasse l’instinct de chasseur, purement animal. Pourquoi cette idée ?

Je voulais écrire un roman avec un tigre dévastateur, tel qu’il en existe réellement en Inde de nos jours. Mais Les Dents de la mer version jungle n’avait pas pour moi un grand intérêt, jusqu’à ce que les évènements tragiques de Paris me le montrent sous un jour nouveau. Il est devenu plus qu’un prédateur, une sorte de terroriste. Je l’ai alors doté d’un foyer de conscience, qui va au-delà de sa nature bestiale. Les dernières lignes du roman viennent expliciter ce choix : est−il seulement tigre, cet animal, ou une personnification, machiavélique et barbare, de l’âme humaine. Je crois profondément qu’il y a une part du tigre dans l’homme et d’homme dans le tigre.

« La jungle n’est pas le monde » : le héros, Derek, en fait sa devise personnelle. Qu’entendez-vous par là ?

Derek a un passé très lourd, il a été confronté à la guerre. Ce n’est pas un humanitaire venu de la ville qui débarque la tronche enfarinée, empli d’un idéal puéril. Il refuse de considérer un territoire quelconque comme propriété de l’ennemi : la jungle n’est pas le monde car elle doit être partagée. Conquise. Au comble du désespoir, il commet un acte « anti-écologique » au possible en abattant un arbre sacré. Il n’est rien de sacré à la guerre, telle est sa conception du monde, militaire, guerrière.

Vous faites référence à Stevenson, Jules Verne ou Kipling, dont les livres éveillent l’imaginaire. Quelle part reste-t-il à la littérature pour inventer des territoires inconnus ou indomptés ?

C’est une bonne question qu’il faudrait poser à des éditeurs qui ne mettent pas du tout l’accent sur l’imaginaire dans leurs parutions. En France, l’imaginaire n’a jamais eu bonne presse. A partir du moment où vous le mettez en avant vous êtes catalogué en jeunesse immédiatement. Vous comprenez, les adultes ça n’imagine rien, c’est trop carré pour ça, trop cartésien. L’imaginaire est un domaine réservé à l’enfance et à la jeunesse et les choses sérieuses sont pour les adultes. C’est bien connu.

Propos recueillis par Morgane CUOC et Patricia MORÉREAU
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