Interview avec Christian Garcin

Photo: ©Benjamin Colombel

Christian Garcin est écrivain et grand voyageur. Son œuvre protéiforme comprend romans, carnets de voyages, essais…


Votre écriture se nourrit de vos voyages. Pourquoi cette prédominance de l’Asie (Sibérie, Japon, Chine, Mongolie…) dans votre imaginaire romanesque ?

C.G.: Il est possible que les responsables de ce tropisme, en effet commun à beaucoup de mes livres, soient mes bisaïeux – des navigateurs qui s’étaient souvent rendus en Extrême-Orient et en avaient ramené objets, récits et diverses mythologies familiales, dans lesquelles j’ai baigné dès l’origine. Cela dit, mes derniers romans, ainsi que mon prochain, sont plutôt tournés vers l’ouest : États-Unis, Chili, Patagonie. Mais vu que ces bisaïeux se sont aussi rendus au Chili et en Patagonie, tout reste finalement assez logique.


Vous mobilisez les folklores : contes bouddhistes ou chansons (Des femmes disparaissent), chamanisme (La Piste mongole). Votre écriture voyage-t-elle autant dans l’espace que dans l’imaginaire de ces espaces ?

C.G.: Les deux sont indissociables. En voyageant je traverse des lieux, mais surtout j’essaie de me laisser traverser par eux. Et comme à l’horizontalité de la Géographie se superpose toujours la verticalité de l’Histoire, des croyances, du souvenir de ceux qui ont vécu là, c’est autant dans la réalité physique du monde que dans le passé qu’on voyage, dans la réalité humaine des territoires traversés, et dans l’espace mental qui ainsi se dessine.


Le voyage se fait aussi à travers votre héros, le détective-justicier Zuo Luo, puisque dans son errance géographique (Chine, New-York, Japon) il croise une foule d’histoires qui permettent une polyphonie de la narration. À la fin, il dit être passé du novice au maître. Dans ce cas, le voyage est-il aussi une quête de sens ?

C.G.: De sens, je ne sais pas. D’un certain vertige, peut-être. Le voyage nous restitue à un état d’enfance, d’émerveillement devant l’inconnu, ou le peu connu, les langues étranges, les graphies incompréhensibles parfois. À un état de fraîcheur, d’étonnement primordial qui, même s’il ne dure qu’un temps, permet à l’être d’habiter différemment le temps, d’en éprouver mieux la trame, le déroulement. D’être tout entier disponible, moins encombré de soi. Voyager permet de ralentir le temps, et de dégonfler l’ego.

Propos recueillis par Louise GIRON
À retrouver dans votre Superflu n°3

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